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Le Président de la République a livré mercredi 5 avril 2017 le message le plus attendu de ces quatre premiers mois de l’année 2017. Il l’a fait sous forme de discours sur l’état de la Nation. Rendez-vous important, son message ne devait que l’être en raison de la situation politique, sécuritaire, économique et sociale actuelle résumée par la morosité des indicateurs macroéconomique, les négociations du centre interdiocésain et la situation dans le Kasaï et ses environs. Annoncée le week-end, cette prestation a été précédée des consultations organisées au Palais de la Nation les lundi 3 et mardi 4 avril dernier. Le choix du lieu de « réponse » a de significatif le fait que c’est de la Représentation nationale – forte de la légitimité et de la légalité lui conférée par la Constitution que dépendra l’accomplissement des actes de gouvernance institutionnelle pendant la période préélectorale et électorale. Mais, auparavant, le Président de la République a fait observer une minute de silence en mémoire des victimes de la barbarie qui se commet dans l’espace kasaïen et en mémoire du Président de l’Udps Etienne Tshisekedi décédé, comme on sait, le 1er février 2017…

Priorité oblige : le Chef de l’Etat a abordé son intervention avec la situation sécuritaire au pays. « Le premier trimestre de l’année en cours a été marqué, au plan sécuritaire, par une évolution positive et encourageante de la situation dans l’Est du pays où nos populations du Tanganyika, du Sud et du Nord Kivu ont renoué progressivement avec la paix et la tranquillité, grâce aux opérations militaires de nos forces de sécurité, mais grâce aussi aux efforts de sensibilisation des autorités et notabilités locales », a-t-il déclaré, exhortant les unes et les autres à les « poursuivre pour atteindre l’objectif d’une paix durable ». Et d’ajouter : « Le temps de se réjouir, un instant à juste titre, de ce vent favorable, l’épicentre de l’insécurité se déplacera vers le Centre du pays où un conflit coutumier a dégénéré en violence meurtrière aveugle, entretenue par les milices muées en terroristes, volant, tuant, brûlant et détruisant tout sur leur passage ».
Plaçant cette situation au cœur des préoccupations de toute la nation, il a mis en exergue le dénouement de l’« énigme du départ aux contours coutumiers (…) à travers un processus politique et administratif initié par le Gouvernement ».

Aussi, a-t-il annoncé tour à tour la promulgation de deux ordonnances organisant le secteur opérationnel dans l’espace kasaïen, les instructions données au Gouvernement central de « intensifier sa présence accrue dans les provinces touchées » et le concours de l’Anat (Association Nationale des Autorités Traditionnelles du Congo) sous les auspices des ministres en charge de l’Intérieur des Affaires coutumières.
Entre-temps, les auteurs – toutes catégories confondues - d’exactions et de crimes contre les civils, les agents de l’ordre et les agents de l’Onu doivent répondre de leurs actes devant la justice. En attendant, il a lancé un appel au calme et invité les jeunes « entraînés dans des aventures sans lendemain, aux conséquences dévastatrices pour nos populations des provinces affectées, à déposer les armes et à cesser leurs actions criminelles ».

Situation économique et sociales

Abordant le chapitre relatif à l’économie, le Président de la République a rappelé « la fragilité des fondamentaux » du tissu économique congolais marqué par l’importation des biens de première nécessité et par l’exportation des matières premières, celle-ci étant la source des recettes budgétaires principales dont la fixation des prix échappe tout naturellement au contrôle des autorités nationales. Le Chef de l’Etat est convaincu du fait qu’aussi longtemps que ce paradigme sera maintenu, l’économie congolaise « restera fragile et fera continuellement les frais des soubresauts de la conjoncture économique internationale ».

Autres pesanteurs : la fiscalité écrasante et la parafiscalité lourde qui affectent le climat des affaires. Le Chef de l’Etat plaide pour la consommation de la production nationale.
Il a mis l’accent sur les ajustements nécessaires desquels dépend la situation sociale.
A propos de la population, il s’est adressé principalement à la jeunesse appelée à réaliser le démarrage de « la mise en œuvre effective des politiques appropriées promises en novembre dernier en vue de sa réinsertion socio-économique ». L’entrepreneuriat local visé requiert, notamment, le soutien au secteur privé et l’entrée en vigueur de la loi sur la sous-traitance aux PME et PMI constituant « aujourd’hui des opportunités à saisir ».
Le Chef de l’Etat s’est aussi appesanti sur l’amélioration des conditions de vie des agents et fonctionnaires de l’Etat, civils et militaires compris. Des réformes sont actionnées pour ce faire.

Premier ministre dans 48 heures

Au chapitre relatif au Dialogue, il a fait l’historique des consultations et répondu aux préoccupations du moment par rapport à la nomination du Premier ministre et du Président du Conseil nationale du suivi de l’accord (Cnsa).
De l’historique, il a rappelé les étapes des Concertations nationales en 2013, des Consultations du Palais de la Nation en 2015, des pourparlers de Venise, Ibiza et Paris entre 2015 et 2016 et du Dialogue tenu à la Cité de l’Union africaine en 2016. De ce forum est issu, on le sait, l’Accord politique du 18 octobre.

« Quoique cet Accord ait jeté des bases solides à nos attentes, j’avais résolu de déférer à l’impératif de l’inclusivité en vue d’un plus large consensus des parties prenantes au processus électoral, en confiant à la Conférence Episcopale Nationale du Congo une mission de bons offices auprès du « Rassemblement », a-t-il souligné, non sans profiter de l’occasion pour « rendre hommage aux Evêques pour l’excellent travail abattu… ».
Cependant, il a déploré l’absence de consensus autour des points relatifs au Premier ministre et au Président du Cnsa.

Mais, avant de se prononcer sur ces points, il a rappelé l’objectif premier du Dialogue, à savoir l’organisation des élections. Pour le démontrer amplement, il a félicité la Ceni d’avoir réalisé la prouesse de dépasser, dans le cadre des opérations d’enrôlement, « la barre de 21.500.000 électeurs », et encore « avec, essentiellement, le financement propre du Gouvernement évalué, à ce jour, à 350 millions de dollars ».

C’est alors qu’il va annoncer « solennellement à notre peuple que les élections auront bel et bien lieu », avant d’avertir les incrédules qu’ils doivent se savoir rassurés. « Tout sera mis en œuvre, en effet, pour atteindre cet objectif, conformément au calendrier qui sera fixé par la Ceni », a-t-il poursuivi, fort du fait qu’« ayant dégagé le consensus jadis recherché sur la problématique des séquences des élections et du fichier électoral, aussitôt celui-ci constitué et la répartition des sièges déterminée par une Loi qui sera adoptée par les deux Chambres, plus rien ne devra empêcher la convocation du scrutin ».

A cette étape, il a exalté le nationalisme des Congolais en faisant observer que « Ce processus étant l’œuvre des Congolais, financé par les Congolais eux-mêmes, aucune ingérence étrangère ni dans son pilotage, encore moins dans son déroulement, ne sera tolérée. Après tout, a-t-il insisté, « Comme dans tout autre pays membre des Nations Unies, il s’agit d’une question de politique intérieure et relevant, en conséquence, de la souveraineté nationale ».

Revenant sur le dossier de nomination du Premier ministre et du président du Cnsa, et se référant aux consultations de la veille, le Chef de l’Etat a noté la convergence des vues sur l’urgence de la solution à ces deux problèmes. Faisant valoir son autorité sur les nominations à opérer, il a invité le « Rassemblement » « à surmonter ses querelles intestines et à harmoniser les vue sur la liste des candidats Premier Ministre ayant le profil requis et convenu, comme souhaité depuis plusieurs mois, en vue d’accélérer le processus de formation du nouveau Gouvernement d’Union Nationale ».

Comme pour renchérir, il ajoutera, dans un tonnerre d’applaudissements : « Comme relevé dans mon message de novembre 2016, et tenant compte du fait que le pays ne doit plus être l’otage d’intérêts personnels et de lutte de positionnement des acteurs politiques, le Premier Ministre sera impérativement nommé dans les 48 heures ».
S’agissant du Cnsa, il a demandé à la Représentation nationale d’accélérer le processus de mise en place de cette nouvelle institution d’appui à la démocratie et la désignation « d’une personnalité consensuelle devant présider cette structure ».

En mot de la fin, il a fait observer que « la RDC n’a pas vocation à sombrer mais plutôt à émerger. Ses difficultés conjoncturelles étant bien cernées, elles sont en voit de trouver des réponses appropriées », convaincu qu’il est que « notre beau pays survivra aux prédictions apocalyptiques et malveillantes de ses détracteurs ».

Omer Nsongo die Lema